Coup de gueule

Doit-on considérer l’hybridation légère comme hybride ou comme essence ?

zoom label hybrid
Raphaelle
Rédigé par Raphaelle

J’ai déjà survolé ce thème dans mon article sur la “foire à l’hybride“, présentant les différentes technologies d’hybridation des véhicules actuels (PHEV / HEV / MHEV), mais j’avais envie de revenir sur ce point qui me chagrine de plus en plus. Je m’excuse par avance auprès des constructeurs qui vont être visés par mon article, il ne s’agit pas tellement là d’une critique à leur encontre (ou contre leurs modèles), mais d’une réflexion de fond sur la nomenclature utilisée et probablement quelques dérives marketing.

On le rappelle, une motorisation à hybridation légère dispose généralement d’une combinaison d’alterno-démarreur (12 ou 48V) et d’une batterie visant à récupérer l’énergie des phases de décélération et de freinage pour les injecter au moment où le moteur est de nouveau sollicité. Il n’y a, dans l’hybridation légère, pas de réelles phases de roulage en 100% électrique, si ce n’est une sorte de mode roue libre où le moteur thermique n’est pas sollicité et où la batterie prend le relais de l’essence pour maintenir la vitesse.

A partir du moment où un moteur est équipé d’un alterno-démarreur et de sa batterie associée, il passe dans la catégorie des hybrides, c’est un fait, mais aurait-on dû communiquer auprès des clients avec ce nom, personnellement j’en doute encore.

Hybridation légère ou “thermique assistée” ?

Si l’hybridation légère a un intérêt certain pour faire baisser les émissions de CO2 des véhicules et leur consommation, ce qui est fort utile depuis l’arrivée de l’homologation WLTP, vous l’aurez compris ce qui me gêne ce n’est pas tellement la fonction, mais le nom que l’on a donné à celle-ci.

Car finalement, les prémices de l’hybridation légère (ou micro-hybrid) c’est ce que l’on connaît sous le nom de Start & Stop. Bien sûr dans le cas présent, la fonctionnalité a évolué, mais la question de fond est : pourquoi sommes-nous passés de “Start & Stop” à “hybridation légère” (ou MHEV / mild-hybrid) ?

Il doit certainement y avoir des cerveaux bien aiguisés qui se sont dit que cela se rapprochait du fonctionnement de l’hybride classique, donc que l’on pouvait trouver un nom qui s’en approche pour en faciliter la commercialisation. Pourtant cet apport de l’hybridation légère n’est souvent qu’un boost du moteur thermique, alors est-ce que le nom juste ne serait pas plutôt “essence assistée” ? (ou quelque chose dans cet esprit)

Un positionnement dans les gammes qui tend à remplacer essence par MHEV

Et c’est plutôt logique, l’hybridation légère est un vrai plus sur des motorisations essence, car les modèles y gagnent en couple et parfois en puissance (ou pas cf l’essai de la Swift Sport). C’est en plus l’hybridation la plus abordable pour les consommateurs finaux, le surcoût dépasse les 1500€ en général, mais c’est bien moins coûteux que l’hybride classique ou Plug-in. On pourrait débattre sur le fait que les automobilistes ne vont pas forcément s’y retrouver, mais les constructeurs beaucoup plus (vis-à-vis des objectifs de pollution), on va quand même dire que cela reste du “gagnant-gagnant”, du moins tant que les vendeurs sont honnêtes avec leurs clients (sic !).

Les moteurs essence disparaissent donc des catalogues de certains constructeurs pour être remplacés avantageusement par ces MHEV, on le voit chez Suzuki ou Ford (pour citer deux marques dont j’ai essayé des modèles MHEV récemment). On a alors plus que du diesel dans les “thermiques” et encore, lui aussi est en voie de disparition dans les gammes, mais ce n’est pas une mauvaise chose dans le cas de modèles urbains.

extrait de la pub Ignis 2020

Le marketing entretient le flou

C’est principalement là ce que je reproche au système. Quand la publicité parle de voiture hybride dans le sens large du terme, alors qu’il ne concerne qu’un modèle à hybridation légère, pour moi il y a tromperie manifeste, car c’est jouer sur les mots à l’insu de l’acheteur qui n’est pas assez spécialiste pour comprendre les subtilités techniques. J’aurais donc tendance à vouloir une réglementation à ce niveau-là, forçant à minima la précision du type d’hybridation concernée.

Sinon l’acheteur s’y perd, Toyota parle dans ses pubs de “l’hybride Toyota” qui est un hybride dit classique (permettant des phases de roulage en électrique plus fréquentes), alors que d’autres marques utilisent aussi “hybride” mais pour cette hybridation légère. Si l’on n’est pas pointu sur le sujet, et que l’on compte sur un vendeur pour nous expliquer ce que l’on achète, autant dire qu’il risque d’y avoir des déçus à la pelle.

hybride classique par Toyota

Quant à une certaine marque italienne au trident qui fait tout un foin sur son virage vers l’hybridation, pour finalement nous proposer un modèle MHEV 48V, autant dire qu’il aurait mieux valu le faire à l’allemande et intégrer la technologie sans le crier sur les toits.

Il y a globalement deux écoles, les constructeurs qui intègrent les hybridations légères sans en faire une promotion exacerbée, et ceux qui l’utilisent comme argument commercial fort. Vous aurez compris que j’ai tendance à privilégier la première catégorie, quand on parle d’hybridation légère, vu l’impact concret ressenti par le client.

Si le MHEV promet des baisses d’émission de CO2 et de consommation, voire parfois quelques gains de performances, c’est seulement à condition d’adopter une éco-conduite, sinon vous roulez avec une essence quasi-normale. Ne vous attendez pas à des miracles, il est d’ailleurs quasi impossible de faire la distinction entre une essence et une MHEV équivalente.

Alors le débat est ouvert, ici dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux. Trouvez-vous légitime, voire judicieux, d’exploiter l’appellation “hybridation légère” vis-à-vis des autres catégories d’hybride ?

Finalement, je suis peut-être la seule à trouver que c’est trop fourbe pour que les clients s’y retrouvent. Votre opinion m’intéresse.

A propos de l'auteur

Raphaelle

Raphaelle

Avoir des chromosomes XX n'empêche pas d'apprécier les voitures et les belles mécaniques, bien au contraire. Je pense même que cela permet d'apporter un regard différent sur le secteur automobile, sans pour autant devoir se limiter à commenter la palette des couleurs des citadines.

J'ai grandi baignée dans l'univers automobile, je me suis fait plaisir avec des sportives raisonnables, j'ai passé des heures voire des week-ends au sein de clubs automobiles. Depuis maintenant plus de 7 ans, j'édite seule le site Miss280ch. Entre coups de coeur et coups de gueule, je m'exprime souvent sans langue de bois, mais toujours avec humour et honnêteté.

Basée en Alsace, je profite de l'Autobahn illimité pour taquiner les VMax des voitures ou des Vosges pour tester les châssis ... ce terrain de jeu est parfait.

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